Assis sur le sable de la plage de Saint-Jean de Luz, on regarde l’océan sans se douter de rien. Au loin, la digue d’Artha barre l’horizon. Sous cette même eau, à 15 mètres de profondeur, des cuves de vin fermentent tranquillement. C’est le pari un peu fou qu’a fait un vigneron basque, Emmanuel Poirmeur, en imaginant Egiategia. Son chai fait partie des rares caves immergées au monde à faire de la vinification sous-marine, en parallèle d’une vinification plus classique à terre. S’y rendre permet de découvrir son histoire, sa méthode brevetée, ses deux cuvées, mais aussi une activité oenogastronomique à vivre sur place, entre vins et pintxos.
Un rêve rapporté d’Argentine
D’origine basque, Emmanuel Poirmeur sait très tôt qu’il veut travailler la vigne. Il fait ses armes dans le vignoble bordelais. Puis il part parcourir le monde : Espagne, Mexique, Italie et même au Danemark. Mais c’est en Argentine qu’il découvre la vinification sous-marine. Un procédé qui va bouleverser son parcours.
Dans sa trentaine, il rentre au Pays-Basque avec l’envie de tenter l’aventure à son tour. Il installe son chai terrestre dans la zone portuaire de Socoa, à Ciboure, dans un bâtiment qui servait autrefois à construire les blocs de la digue. Il le baptise Egiategia, de « egia » (vérité) et « tegia » (atelier). Ses premières cuves sont immergées au large de la digue d’Artha. Le site est abrité des tempêtes hivernales et des courants trop forts, des conditions idéales pour laisser le vin fermenter en paix.

La vinification sous-marine, une méthode deux fois brevetée
Le procédé a beaucoup évolué depuis ses débuts. Breveté une première fois en 2007, Emmanuel Poirmeur dépose un second brevet en 2017 pour sécuriser sa méthode de vinification sous-marine. Les premières cuves étaient descendues à l’aide de chaînes de blocs de béton. Elles s’abîmaient au contact des courants marins. Ils ont donc imaginé des cuves en polymère micro-poreux, conçues pour relâcher la pression accumulée pendant la seconde fermentation. Chacune est équipée de son propre système d’ancrage.
Une fois immergées dans la baie de Socoa, les cuves y restent entre 3 et 12 mois, le temps que le vin termine sa fermentation sous l’eau. Elles peuvent être réutilisées plusieurs fois. Mais avec le temps, la pression et le sel, elles se fragilisent petit à petit. Après 3 à 4 immersions, soit environ un an et demi de service, les cuves sont recyclées. Elles se déclinent alors en canoë ou en objets d’art, comme lors d’une collaboration avec le créateur parisien Jordan Saget.


Côté raisin, Egiategia ne possède pas de vignes en propre. Emmanuel Poirmeur s’approvisionne auprès de partenaires du Gers, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques pour les blancs et rosés. Ses rouges viennent d’un terroir d’altitude près de Pampelune, ce qui leur confère, entre autres, des arômes de cerise fraîche.
Artha et Dena Dela, deux cuvées pour deux tempéraments
De cette double vinification sous-marine et terrestre naissent deux cuvées bien distinctes. Tout d’abord, l’Artha, brut de cuve océane, est un vin de caractère. Il se caractérise par son côté perlant, marqué par les embruns et la salinité qu’il développe sous l’eau. Ses arômes varient d’une cuve à l’autre. Il ne fait pas l’unanimité, mais séduit suffisamment de tables étoilées pour figurer sur une trentaine de cartes des vins.
Déguster Egiategia à l’Hélianthal de Saint-Jean-de-Luz
Ensuite, la cuvée Dena Dela naît de l’assemblage entre le vin resté en cuve inox à terre et le vin immergé, remonté de la baie et filtré. Le résultat est plus rond et plus régulier, ce qui le rend notamment plus accessible aux curieux qui découvrent la maison.




Entre les deux cuvées, Egiategia commercialise environ 150 000 bouteilles par an. De temps en temps s’ajoute une cuvée éphémère, née d’une collaboration ponctuelle, comme un Malbec baptisé Socoa, élaboré en avec un vigneron bordelais.
Découvrir la vinification sous-marine à Ciboure
Pour en savoir plus, une seule adresse : le chai d’Egiategia, à deux pas du port de Socoa. La maison propose une visite pour expliquer leurs méthodes de travail. Celle-ci peut s’accompagner d’une expérience oenogastronomique autour des cuvées Artha et Dena Dela. L’ensemble de la gamme – blancs, rosés et rouges confondus – est accordée avec les pintxos, de typiques tapas basques.
Ainsi, un tartare de daurade vient souligner la rondeur iodée de l’Artha blanc, alors qu’une tartine de fromage de brebis et piment d’Espelette fait, quant à elle, écho à la gourmandise du Dena Dela rouge. C’est une dégustation qui ne laisse pas indifférent : on aime, ou on n’aime pas, sans grand entre-deux, tant les cuvées Artha jouent la carte de la surprise.








Découvrir un accord 100% basque unique : Artha Blanc et Bruschetta
Egiategia raconte une autre façon d’imaginer le vin, où la mer devient une actrice de la vinification au même titre que la terre. Sa méthode brevetée de vinification sous-marine et ses cuvées singulières témoignent de cette approche unique. Sur place, la dégustation face à l’océan permet de vivre une surprenante activité oenogastronomique, pleine de découvertes. Une adresse qui mérite le détour pour qui veut explorer le vignoble basque autrement.
L’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Il est interdit aux jeunes de moins de 18 ans et aux femmes enceintes.
Informations utiles
Adresse : 5 bis Chemin des Blocs, 64500 Ciboure
Comment y accéder : se garer au parking du port ou de la plage de Socoa, puis rejoindre le chai à pied.
La dégustation se réserve directement auprès du chai.